Il y a déjà eu une réunion dans le secteur La Défense à l'automne et une autre s'organise sur Créteil...
Ces réunions s'organisent spontanément sur la liste de discussion ec_francophone sur yahoo groupes.
Les semaines passent et finalement les mois et la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien. Romane est un mystère, sa personnalité un trésor à découvrir et redécouvrir encore.
Il y a des saisons, au gré de ma forme, au gré de ses humeurs, des choses qui lui paraissent vraisemblablement plus importantes, et qui m’échappent parfois… je suis devenue une adulte. Des saisons donc… la pluvieuse, où je désespère, l’ensoleillée où tout est simple, facile, intuitif, la relax où je lui mets des couches et on va au gré du vent.
La nuit reste somme toute très simple. Elle me réveille une à trois fois pour faire ses besoins. Le rituel pipi avant de monter en voiture est toujours judicieux. Au départ et aux retour de sorties aussi. En fin de sieste également. Et pour le reste, parfois je décèle des jambes bizarrement raides, d’autres elle semble très irritée ou bien elle pousse des petits cris en me regardant, alors je comprends qu’elle se retient. Deux fois elle m’a emmené aux toilettes, bon par contre, c’était pour changer sa couche… mais voilà, je zig-zague… et parfois, elle est si occupée à étudier le monde que j’ai cessé d’aller la déranger. Advienne que pourra !
Curieusement, c’est dans les moments les plus border-line que ça se passe le mieux. Si je pars une poignée de jours en oubliant la moitié des changes, ou si on est en vadrouille sans point de sécurité WC. Là, eh bien y a pas de problème… elle gère.
Bon, les moments où l’on est dans le creux de la vague… On s’y sent seul… on se demande si les autres n’ont pas finalement raison, si ce n’est pas une complication, on se dit alors que les couches ont été inventées pour cette raison. On se crispe, on insiste, on se prend la tête, on s’épuise, bref, en fait ça va pas bien du tout et c’est un signal d’alerte.
Mais l’hygiène naturelle c’est parfois aussi du surf. On comprend le mot « liberté » et c’est une vraie jouissance de vivre cette communication. Ma fille a douze mois mais elle a mille choses à me raconter. Nous nous inventons des signes, on se fait des mimiques, des bruits, on s’arrange pour se comprendre. Je ne fais rien pour elle, je tâche de faire les choses avec elle, et je lui prodigue les soins nécessaires à l’hygiène que j’estime nécessaire : ne pas rester dans des souillures au même titre que la détente du corps. Evidemment, il m’arrive d’attendre qu’elle vienne me réclamer de la changer, de tarder, il y a des jours où le bain passe à la trappe, et je pratique l’art du massage avec la fréquence de l’anecdote (quand ça me prend en vérité, je ne sais pas donner dans l’obligation). Le but n’est pas l’hygiène de la peur du microbe, mais l’hygiène du toucher échangé, des sensations, du don, ces choses-là qui font qu’un corps est heureux dans sa peau…
Romane vient d’avoir neuf mois. Elle est belle, rayonnante, indépendante, volontaire, charmeuse, chahuteuse, coopérative, sensible, concentrée. Bref, c’est ma fille, je l’aime.
Je me sens de plus en plus décontractée avec l’hygiène naturelle. C’est fluide. Il y a eu des caps un peu difficiles lorsque Romane a commencé à évoluer au sol, puis un peu plus tard avec la verticalisation et le quatre-pattes. J’ai finalement compris qu’à ces périodes, elle était concentrée à ces acquisitions, en période intense d’apprentissage, alors aller faire pipi ou caca n’était pas vraiment du plus intéressant. C’est dans le crapahutage à la maison que j’ai des manqués.
En fait, l’hygiène naturelle s’accorde particulièrement avec des activités extérieures et des sorties. Il est exceptionnel que j’aie à la changer quand nous sommes en vadrouille, voiture compris. Soit je lui propose à des césures : avant de partir et à la montée et/ou descente de voiture, soit elle me le manifeste, soit je le pressens.
Il est difficile de décrire l’intuition du besoin d’uriner, pourtant c’est une réalité quotidienne, mais elle s’exprime de différentes manières : on le sent d’un coup comme une quasi-certitude, ou bien c’est une pensée qui se manifeste à plusieurs reprises dans un relativement court laps de temps alors que l’on est occupé. Mon mari sent comme un liquide chaud couler sur lui alors qu’il n’y a rien.
La nuit, Romane fait pipi une ou deux fois, elle appelle en se tortillant. Je pense bientôt passer au sans couche. Et le matin, elle fait dans le pot dès le réveil, sauf quand j’ai la tête dans le guidon, mais deux fois elle m’a apporté son pot en me réveillant, puis 5 minutes après, puis plusieurs fois ensuite sur une durée qui s’espace. Dans l’après-midi, elle fait très peu.
Pour l’habillement, je reste sur des deux-pièces, pantalon bien souple de préférence, et haut un peu ample. J’avais trouvé des culottes pour bébé mais, bien que ma fille ne soit pas particulièrement un gros bébé, les élastiques étaient trop serrés aux cuisses. J’ai appris que ce n’était pas vraiment des culottes mais plutôt des surcouches. Alors j’ai comparé la largeur avec des culottes taille 2 ans, c’était quasiment la même. C’est plus joli, ce sont des vraies culottes, échancrées aux cuisses, elle est toute mimi là-dedans. J’ai eu 6 culottes pour 15 euros sur le marché.
Quand on commence l’hygiène naturelle, on se lance dans quelque chose qu’on ne connaît pas, ça fait un peu peur, on a des doutes, des incompréhensions alors on fait de son mieux, simplement, parce que c’est un challenge contre rien, c’est simplement un art de vivre qui s’apprend par l’expérience.
Le temps me manque pour écrire régulièrement… Mais je dois l’annoncer tant cela me réjouit : ce soir, j’ai remis à Romane la couche qu’elle n’a pas mouillée la nuit dernière. Cela fait une quinzaine de jours (de nuits en fait !) que j’entends qu’elle réclame pour faire pipi, et que j’ai commencé à répondre comme je pouvais à ce besoin. C’est facile tant qu’elle est couchée et moi pas. Quand elle appelle, je vais la voir, lui donne le sein et lui propose le pot en même temps. Elle se soulage, finit la tétée et se tourne sur son côté pour se rendormir. Ce qui est plus difficile, car j’ai grande habitude à donner le sein sans me réveiller (au point d’ignorer si elle tète la nuit), c’est de me tirer du sommeil quand elle gémit, m’asseoir et saisir le pot. Mais sentir tout son corps se détendre dans ce soulagement est une joie qui me récompense profondément de ce petit effort. Alors je m’améliore, et comme je progresse, elle communique encore mieux. Je continue de trouver cela follement incroyable !
Aujourd’hui, nous sommes allés à une kermesse d’école. En rentrant, je me suis aperçue que je n’avais même pas emporté de change pour Romane ! Mais en fait, il n’y avait pas de raison que j’y pense puisque je vais au marché et en promenade sans rechange… Je crois que je commence à perdre la croyance qu’un accident peut survenir, en fait, je n’y pense plus. J’ai aussi réalisé que j’avais habillé Romane avec le même pantalon pendant 3 jours. Sans couche ! C’est complètement fou ! C’est vrai que c’est une liberté dingue de sortir sans penser à faire un sac avec un biberon, un petit pot, un bavoir, des couches, des lingettes etc ! J’ai mes deux seins et mes deux mains ! Dame Nature a tout pensé !
Le jour, Romane ne signale pas vraiment avec netteté son envie de faire pipi. Quand j’ai un doute, je lui demande « tu veux faire pipi ? », et quand elle a effectivement envie, elle me regarde et me sourit, et chaque fois, ça m’épate. Sinon, je ne sais pas trop comment je le sens, mais je le sens. Ce que je sens, je cois, c’est qu’elle se retient. Et je crois qu’elle s’attend à ce que je sente. Je ne fais pas trop attention à la durée entre deux pipis. Je sais que le matin, il y en a plus et que cela diminue au fur et à mesure de la journée. Elle fait pipi dans les WC, dans l’herbe du jardin, dans le pot la nuit et en sortie n’importe où. Mais elle ne fait pas si souvent que ça. Sa vessie a grossi et la capacité de rétention s’est accrue. Ca fait de plus gros pipis, sauf quand il fait chaud. Avec l’urine et les selles, on a des informations sur l’état de son enfant, c’est pas inintéressant. Cela me confirme ses comportements et ses choix alimentaires (elle évite au moment M l’aliment inadapté). Romane mange encore assez peu de solides et puis elle pioche dans ce que je mange mais pas de spécialités pour bébé (j’ai remballé ma purée de carotte !). Généralement, si je ne lui fais pas goûter ce que je mange, elle me regarde d’un air outré… Et elle a des goûts très étonnants pour un bébé de 6 mois ! Bref, je vois ce qui rentre, ce qui sors, et je découvre le fonctionnement unique de l’organisme de ma fille.
Il est tard… je dois aller prendre du repos. J’espère continuer d’écrire un témoignage encourageant !
Bon, ben y a pas à dire, avec un déménagement, c’est un peu dur de jongler avec les priorités et pas facile de rester attentif aux besoins des enfants : le grand et le petit. Mais je dois avouer qu’ils ont assuré : pas chiants (malgré la varicelle) et grande adaptabilité. Les mômes m’impressionnent !
Lors des préparatifs, rangements, mise sous cartons, je la portais pas mal au dos et elle jouait de temps en temps sur sa peau d’agneau. J’étais assez peu disponible, de plus en plus crevée. Je devinais qu’elle avait besoin de faire, mais parfois avec quelques ratés et quelques propositions refoulées, parce qu’il me semblait qu’elle ne signalait pas. A présent que j’écris, je me demande si c’est elle qui ne communiquait pas ou bien si c’est moi qui n’étais pas réceptive, ou bien un peu des deux…
Les premiers jours à l’arrivée, j’ai senti Romane légèrement déstabilisée par le nouveau contexte, mais ouverte et curieuse, pas inquiète mais juste en recherche d’orientation. Il fallait prendre de nouvelles habitudes… Elle ne veut plus trop du pot. Le lavabo ne semble pas lui plaire. Elle fait caca et parfois pipi dans les WC. Mais elle semble apprécier la baignoire et son rituel progressivement élaboré sur une dizaine de jours : je fais couler l’eau, tiens Romane debout sur mes genoux, elle me serre fort dans ses bras, je la met à l’aise, elle m’aide de son corps pour parvenir en position, elle fait, je la remet debout sur mes genoux pour la rhabiller, et si elle avait eu très envie de faire, elle me resserre fort dans ses bras. J’apprécie aussi beaucoup ces moments d’échange, où sur de simples choses, la communication non verbale est intense, nos deux intelligences se caressent et je palpe ma fille au cœur de ce qu’elle est, c’est une joie profonde. De fait, je lâche prise, je me mets à l’écoute de ma fille : et elle parle, pas avec des mots mais avec tout son corps et c’est merveilleux… Désormais, c’est elle qui me « dit » qu’elle a besoin de faire pipi, qu’elle soit dans mes bras ou en train de jouer par terre. Et je me ressens dans la confiance. Une grande confiance en ma fille. Elle est belle de partout ! Quand je pars, je ne prends qu’un change, je sais que je n’ai pas besoin de me charger… Je ne me ballade plus avec du PQ dans ma poche, ni un seau à choucroute dans mon sac. Les choses se passent naturellement : ma fille a un rythme d’élimination qui n’est pas plus contraignant que celui d’un bambin qu’on emmène aux toilettes. Elle a 6 mois et elle maîtrise ses sphincters. Il m’apparaît que c’est un bénéfice pour elle d’être toujours propre et un plaisir simple pour moi.
En somme, le déménagement n’aura été qu’un court passage. Je continue de croire qu’il n’y a pas de théorie possible sur l’hygiène naturelle, mais une pratique. Le plus simple pour apprendre, c’est de simplement retirer les couches et faire confiance au processus. Le seul obstacle possible, c’est l’esprit. Là encore, il ne faut pas voir comme une difficulté l’indice qui vous signale de vous relâcher, de devenir plus « élastique »…
Romane a 5 mois et demi et la varicelle. Je la soigne à l’homéopathie, elle a bien saisit maintenant qu’il lui fallait sucer les granules et reconnait les tubes. Je remplace l’éosine par de la solution de Milian, c’est la même chose en bleu, la cochonnerie en moins peut-être ( ?) et ça fait moins peur que du rouge mercurochrome ! L’hygiène naturelle continue dans la simplicité du quotidien, et la maladie, légère, ne chamboule rien.
Romane joue de plus en plus fréquemment au sol. Je l’installe sur une peau d’agneau avec quelques objets d’étude. Sur une période qui a duré un mois environ, il y a eu beaucoup d’accidents alors qu’elle était par terre. Au début, elle m’appelait quand elle se sentait mouillée, puis elle m’a appelé juste avant de faire. Et ce n’est pas facile d’être à l’écoute, de venir immédiatement, on est toujours tenté de finir l’activité en cours ! On confond un « viens me voir » avec un « prends-moi dans les bras » et un « j’ai besoin de faire pipi ». Sur une plus petite période, j’ai aussi eu des accidents caca, mais si cela peu rassurer, c’est galère comme de changer une couche, pas plus ! Evidemment, quand on a perdu l’habitude de torcher un cul plein de caca, ça peut faire bizarre… Bref, ces épisodes semblent passés, probablement parce que j’ai fini par lâcher prise. Cela m’a aidé d’apprendre par partages de témoignages que sur un effort physique (se retourner et se redresser en l’occurrence pour Romane), un petit lâchage de sphincter pouvait se produire. Quand on y réfléchit, c’est complètement normal.
Quand Romane a eu 4 mois et demi et qu’il faisait moins froid dehors, j’ai décidé pour une grande sortie d’être à son écoute. Ca m’a pris comme ça, j’étais simplement prête. Jusque là, je lui mettais des couches point barre. Je lui ai mis une couche quand même, pour ne pas être dans l’appréhension d’une écharpe mouillée. Peu avant d’arriver à la gare, elle chouine et s’agite dans l’écharpe… Réflexe : je dégaine le sein ! Elle tétouille et je me rappelle qu’elle a déjà « mangé » et que donc, elle n’a ni faim ni soif. Je cherche une petite rue sans passants, et je lui propose entre deux voitures : elle fait son pipi. On prend le train, puis le bus, elle regarde partout. Avant d’arriver au musée, je lui propose et elle refuse. Dans le musée, tétée et sieste, puis, toujours dans le musée au réveil, je cherche un banc et elle fait pipi dans le mini seau à choucroute (pour une fois j’arrive à bien viser). On enchaîne au parc, elle dort de nouveau et juste avant de partir, petit pipi dans un recoin. Bus et train encore. Petit pipi à l’arrivée entre deux voitures, quelques courses au supermarché et on rentre à la maison avec une couche, la même, sèche…
Depuis cette première victoire, je suis naturellement à l’écoute de ses besoins en sortie, et effectivement, je confirme que c’est plus facile qu’à la maison. Je continue de lui mettre une couche « au cas où ». Cela me permet de rester zen en toute situation. Mais les couches sont toujours sèches. Je ne saurais pas bien expliquer comment… Je sens quand elle a besoin et elle se retient jusqu’à ce que ce que je trouve un endroit pour lui faire faire. Elle est capable de se retenir assez longtemps à vrai dire. Elle est parfaitement consciente qu’elle maitrise ses sphincters, parfaitement consciente quand je « capte » qu’elle a besoin et parfaitement consciente quand j’ai l’intention de lui trouver un petit coin. Elle est consciente mais elle est indulgente et zen…
La nuit, je lui mets toujours une couche. Je sais qu’elle fait pipi au petit matin. Il m’arrive de lui proposer dans la nuit mais c’est assez rare. Elle fait le plus souvent son premier ou ses
deux premiers pipi du matin dans la couche. Je ne suis simplement pas prête à être à son écoute la nuit et le matin. Mais cela ne l’empêche pas de remuer et de tétouiller pour compenser. Je pense
que, comme pour la première sortie, ça me prendra et ça se fera, tout simplement… C’est une impression désagréable de se déconnecter des besoins de son enfant : on se sent physiquement coupé
de lui. La couche peut se vivre comme un filet quand on est pas prêt, mais comme une entrave pénible quand le cœur veut répondre présent.
Les accidents dans l’écharpe sont ultra rarissime ! De mon humble expérience, je suis intimement convaincue que l’hygiène naturelle ne peut se faire qu’avec la pratique du portage intensif, dans un rapport physique étroit. Quand Romane était nourrisson, ses envies étaient perceptibles parce qu’elle remuait pour se retenir. Aujourd’hui, ses sphincters sont bien plus musclés et rien ne peut m’avertir. Il lui arrive de geindre pour sortir de l’écharpe parce qu’elle a envie mais c’est rare, de plus en plus rare. Je ne m’appuie plus que sur le fait que je sache, on pourrait même dire qu’elle attend que je devine ! Elle a confiance en moi, vraisemblablement, et je lui fais confiance, car je ne lui « propose » que rarement, avant de sortir ou de se coucher le soir par exemple… Le reste du temps, je n’y pense pas. J’y pense quand elle a envie… Est-ce cela l’intuition ? Si oui, alors je peux dire que c’est comme un muscle, cela se développe en l’utilisant. Mais j’ignore s’il s’agit d’intuition ou de télépathie. Mon mari sent également quand Romane a besoin. Ma belle sœur l’a senti une fois, elle avait comme un doute en tenant Romane dans ses bras. Et ma mère l’a ressenti physiquement, comme cela arrive également à mon mari : une sensation soudaine de chaleur comme si un pipi coulait. J’ignore donc si c’est de la pure intuition ou si l’impulsion initiale vient de Romane…
A l’heure actuelle, ce que je retiens, c’est que l’hygiène naturelle n’est pas un but mais une pratique. L’objectif n’est pas d’avoir tous les pipis et les cacas comme un goal rattrape tous les tirs, pour avoir l’illusion d’être « bon », mais simplement d’être attentif au bien-être de l’enfant, parce qu’il n’est agréable pour personne de rester dans de l’urine ou des selles. L’hygiène naturelle n’est pas une compétence mais un désir. Les « ratés » font partie de la vie, ce sont eux qui permettent de s’améliorer, il ne faut pas les craindre mais les remercier. L’hygiène naturelle est une école de vie : elle enseigne le respect, la confiance et l’humilité.
L’expérience m’enseigne qu’aucune personne, aucune machine, aucun ustensile ne peut me renseigner mieux que moi-même sur mon enfant. Je plonge aussi dans une effarante liberté, je n’ai plus de règle, plus de principe à appliquer : je glisse sur la confiance en mon enfant en tout point ! Ce lâcher prise est difficile mais il est intensément libérateur et jouissif. Vanitas vanitatum et omnia vanitas, c’est vrai et les couches sont vainement matérielles…
Bon, le temps passe… Minouchette a trois mois : alors ? Pas de nouvelles : bonnes nouvelles ? Ma foi, on continue de découvrir… les jours s’écoulent rapidement, ils se bousculent les uns les autres.
J’ai commencé à reprendre les activités pour Antoine, donc j’embarque nénette dans mon manteau, elle suit le mouvement la pauvre ! Il fait trop froid pour la sortir du chaud de ma poitrine et lui proposer de faire pipi dehors (elle est en tee-shirt dans l’écharpe et je nous couvre d’un gros pull et d’un manteau). Je ne suis pas non plus à l’aise à l’idée de sortir mon petit seau à choucroute dans une rame de métro bondée et faire uriner biquette dedans devant une petite foule éventuellement médusée… Donc : couche pour les trajets. A l’arrivée, la couche est souvent sèche et je lui propose de faire pipi (j’arrive à presque bien viser dans mon mini seau à choucroute !) avant de lui remettre une culotte en coton éponge (idem avant de partir, je lui propose de faire avant de remettre la couche). J’ai du change pour parer aux accidents. Il y a des jours fabuleux sans le moindre accident et des jours catastrophiques où je me fais pisser dessus trois fois de suite !
Quand il fera plus doux et qu’elle dormira moins, sortir sans couche me semblera plus jouable. Je pourrai proposer le pipi avant de monter
dans le train ou le métro…
Il n'y a plus d'accidents dans l'écharpe porte-bébé depuis un bon moment (ou rarissime).
Sinon, nous avons eu quelques jours assez foireux, du genre plus de pipi sur mon pantalon que dans le lavabo... Deux raisons possibles : les dents qui poussent, le passage à la préhension, mais l’un dans l’autre, Michounette a des humeurs et fait la grève du signalement. Merci ma fille ! Voilà qui me force à être à l’écoute, à essayer de croire qu’il m’est possible d’être intuitive ! La solution me vient chez une amie (Virginie, merci d’avoir essoré plein de pipis avec ta fille avant moi, cela illumine mon chemin) à qui je rend visite (soi-disant pour que nos aînés jouent) et qui laisse discrètement à ma portée un pot. Nous parlons, je profite de la proximité de l’engin pour asseoir Mickeytte dessus qui fait immédiatement un gros pipi. J’apprécie l’assise fabuleuse de ma fille sur ce pot qui semble très confortable (avec un petit dossier). Je demande à mon amie de me prêter ce superbe pot, elle accepte, et depuis, les accidents sont re-finis ! Nénette semble apprécier de ne plus quitter le salon pour faire ses besoins. Bon, j’ai un pot à rincer plutôt qu’une chasse d’eau à tirer mais bon… Au moins il y en a un public sincère pour le clown familial (son grand frère).
Y en a t’il pour se demander si c’est contraignant de se préoccuper des besoins d’élimination de bébé ? Eh bien, y en t’il aussi pour trouver une contrainte à nourrir bébé ? Je pense qu’on trouve du plaisir à contenter le nourrisson en l’allaitant ou en lui donnant du lait dans un biberon (quoique certains trouveront cela ennuyeux). De même on trouve du plaisir à accompagner son enfant à se soulager d’un pipi ou d’un caca, ou à remplacer un vêtement mouillé. C’est un plaisir réel, c’est le plaisir que l’on ressent quand on répond aux besoins de son enfant. Je ne trouve pas très contraignant de changer une couche, maintenant qui a du plaisir à découvrir une couche pleine de caca et à nettoyer tout le derrière de l’enfant ?
Pour les nuits, je lui mets encore une couche, bien que je sache qu’elle ne la mouille qu’au petit matin après sa tétée (je ne sais plus trop si c’est à 5h ou peu avant 7h qu’elle tète
maintenant, je ne regarde pas ma montre, je lui donne le sein et me rendors aussitôt). J’ai encore du sommeil à récupérer avant de reprendre la communication sur l’élimination la nuit. Ce qui est
un peu con, c’est que j’ai l’impression que c’est son petit rituel qu’elle aime bien : quand je lui change son tee-shirt, que je lui mets une couche et que je lui retire ses chaussettes,
elle sait qu’on se couche… Mais bon, à mon avis, elle sera très heureuse quand elle aura à nouveau les fesses qui respirent, et moi aussi, car caresser une couche, c’est pas très agréable,
d’autant plus qu’une couche recouvre une surface hallucinante de peau ! Avec l’hygiène naturelle, je me suis aperçue que je n’avais pas vraiment touché et caressé mon aîné quand il était
bébé, car il était toujours en couche et en pyjama des pieds jusqu’au cou…
Jusqu’à présent, je me basais sur l’expression corporelle de Romane et sur le timing (rythmes d’élimination) pour l’emmener au lavabo. Je me demandais quand viendrait cette fameuse intuition et comment elle se manifesterait. En attendant, je veillais à rester physiquement proche de ma fille, pour répondre toujours prestement à ses différents besoins, mais aussi pour favoriser la communication non verbale entre nous.
L’intuition s’est manifestée avec discrétion et simplicité, avec naturel en vérité, il y a quelques jours… Eh bien c’est impossible à décrire ! Je peux simplement expliquer qu’à ce moment-là, je ne pensais pas à l’hygiène naturelle, je n’avais pas envie de proposer d’aller au lavabo et je n’imaginais pas qu’un accident survienne. A la limite, ça me gonflait de m’en soucier. Alors, parfois me venait l’idée que Romane avait besoin de faire pipi, même si elle avait fait peu de temps auparavant. Une idée plus douce qu’une évidence, une idée qui ne s’impose pas mais qui se propose clairement et tranquillement, une idée qu’on ne réfléchit pas. On emmène l’enfant au lavabo avec naturel, même si aucun signe de sa part n’a été remarqué, il fait pipi, on le reculotte et au bout de plusieurs fois ainsi, on se demande comment on a fait pour savoir… Et évidemment, il n’y avait alors aucun accident. Je reste très étonnée du caractère naturel de ce phénomène, il passerait certainement inaperçu si je n’étais pas une occidentale des temps modernes qui découvre comment on fait pour garder propre un enfant sans lui mettre de couche ! Il me semble en tout cas que cette intuition vient quand on ne se préoccupe pas du tout de propreté.
Je dois ajouter une dernière chose étonnante qui s’est produite hier matin. Dans mon sommeil, j’ai rêvé d’une petite fille, malade ou handicapée, dont j’ai immédiatement su qu’elle voulait faire pipi, je l’ai alors mise en position pour qu’elle se soulage, pour moi tout cela était normal… Je me suis alors réveillée, Romane dormait derrière moi, et j’ai pensé que cela voulait probablement signifier qu’elle avait besoin. Mais j’ai balayé cette pensée, par paresse et puis franchement, entre nous, ça aurait été un peu gros, non ? Moins de trente secondes après, un liquide chaud coulait dans mon dos…
Deux jours durant, je me suis sentie dans une symbiose infinie avec mon enfant. C’est une sensation de bonheur merveilleux, on se sent en totale complétude, totale compassion, totale compréhension… On se sent mère puissamment, débordante d’amour et absolument capable… C’est probablement ce sentiment que mériteraient de ressentir beaucoup de mères : cette impression de combler avec justesse et fluidité leur enfant. C’est intensément valorisant. On essaie parfois de paraître une bonne mère aux yeux des autres, mais se sentir une bonne mère en ressentant physiquement le bien-être de son enfant, c’est incroyablement euphorisant. Bref, je me sentais amoureuse de ma fille, c’était merveilleux…
Mais aujourd’hui, je suis déconnectée. Bien sûr, je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite. J’étais seulement un peu fatiguée. Et puis je ne sentais plus ma fille avec les tripes, j’avais même l’impression qu’elle était moins en forme sans pouvoir dire pourquoi. Je ne ressentais plus la joie de la porter, j’avais envie de la poser dans un transat.
Nous sommes pour quelques jours dans ma belle famille, j’aimerais prouver que l’hygiène naturelle n’est pas une lubie d’abruti, j’aimerais qu’il n’y ait aucun accident. Je ne me suis pas encore vue : aux aguets pour parer au moindre pipi, je l’emmène plusieurs fois inutilement au lavabo et il y a tout de même des accidents. Parfois même j’insiste quand je suis sûre qu’elle a besoin, elle s’énerve et refuse de faire et mouille son pantalon deux minutes après. Je pense beaucoup aux pipis, je veux « réussir », maîtriser la communication avec ma fille et je ne suis plus vraiment avec elle… Je me rends compte que je n’agis plus par amour, par attention. Je ne suis plus dans la confiance, le lâcher prise, la douceur… Je ne suis plus dans une relation avec mon enfant mais dans la peur du regard des autres.
J’ai perdu mes antennes à n’être plus à l’écoute…
Hier soir, j’ai voulu essayer de communiquer subtilement avec Romane par le langage corporel. Quand il m’a semblé qu’elle souhaitait déféquer, j’ai complété le « sss » du pipi par des mouvements de mon abdomen qu’elle pouvait sentir puisque son dos est appuyé contre mon ventre quand je la tiens au dessus du lavabo. Elle a dû bien comprendre le signal puisqu’elle a alors fait caca et que ce matin, j’ai refait ces mouvements abdominaux pour l’encourager quand elle allait à la selle (deux fois).
Dans le milieu de l’après-midi, elle est dans mes bras et s’agite un peu. J’ai un doute mais elle a déjà été à la selle et j’estime peu probable
qu’elle ait envie d’y retourner déjà. Alors elle plonge son regard dans le mien sans le détacher. Je lui demande si elle a envie d’aller aux toilettes mais sans esquisser de mouvement pour me
lever. Elle me regarde toujours et soudain, il me semble que son abdomen se contracte et se décontracte au même rythme que les mouvements d’encouragements que j’exécutais pour l’encourager à la
selle. Je suis surprise, je lui redemande bêtement sans bouger si elle veut aller aux toilettes car il lui arrive de me regarder quand elle souhaite faire pipi. Je passe ma main sous ses
fesses : c’est légèrement humide. Bon, on dirait que je suis longue à la détente ! J’ai déjà eu ça : quelques gouttes émises dans la culotte avant que je percute et l’emmène au
lavabo. Mais cette fois, elle ne fait pas pipi, comme elle avait voulu me faire comprendre, elle fait caca...
Le 27 décembre 2007 (1 mois 9 jours)
Elle est dans mes bras, elle semble n’être pas à l’aise mais je ne sais pas vraiment de quoi elle a besoin. Comme d’habitude, je passe à très vive allure toutes les probabilités dans ma tête. Je la mets face à moi. Elle me regarde. Je lui demande de quoi elle a besoin. Il me semble sentir son abdomen se contracter, mais cette impression est fugace. Elle fronce les sourcils, toujours en me regardant, alors je lui réponds et je fronce moi aussi les sourcils. Etonnée, elle lève les sourcils, et je l’imite encore pour lui répondre. Je lui demande « tu veux faire pipi ? », et immédiatement elle me fait un large sourire. En me demandant si tout de même, je ne divague pas un peu de croire un bébé d’un mois capable de communiquer à ce point, et de comprendre des mots (je crois qu’elle comprend « tétée », « pipi », « caca »), je l’emmène au lavabo. Elle semble satisfaite, mais elle ne fait pas pipi, elle se met à grogner, alors je l’accompagne pour faire caca en contractant mon abdomen et en faisant aussi de petits grognements…
Aventurières :
Lucky Lise (artiste engageante)
Emy (LSF, enfance, handicaps, communication non verbale)
Blogs intimistes :
La mystérieuse envie d'être mère (Ingrid Van den Peereboom)
L'autre visage de l'amour (Victorine)
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